C'est pas ma plaaace.
Apprenant ça, mon père a dit "bah il serait p'têtre temps que tu t'habilles bien" merci papa.
Je n'aime pas faire du shopping. Je me limite à deux fois par an. Vraiment, je n'aime pas. Je n'aime pas les vendeuses et leur sourire hypocritement professionnel que nous leur rendons car nous sommes aussi hypocrites qu'elles, je n'aime pas les nénéttes qui font leurs courses en bande comme les morues, je n'aime pas les prix des bouts de chiffons qu'on nous présente comme indispensables à la vie et à la réussite sociale achète ce débardeur topwaou sinon on te lancera des cailloux dans la rue, je n'aime pas les centres commerciaux artificiellement éclairés, je n'aime pas la musique des magasins, je n'aime pas etc.
Malgré ça j'ai survécu à mon samedi après-midi, et j'en suis revenue avec la tenue apparemment requise pour les rendez-vous professionnels laissez-moi rire. C'est-à-dire que j'ai entre autres récupéré une nouvelle paire de chaussures (ah, s'il y a une chose que j'aime, ce sont les chaussures) tout à fait adaptées à ce genre d'occasion : elles m'entaillent les pieds comme il se doit, elles compressent de façon totalement contre-nature mes doigts de pieds, et surtout, elles conviennent à merveille à la marche dans les couloirs du métro et sur les pavés. En plus d'être morte de peur mercredi, j'aurai les pieds en sang.
Par rapport à cette tenue "professionnelle", j'aime aussi beaucoup le fait que, pour passer les "entretiens de personnalité" des Ecoles de Commerce, on doive tous la porter. Bah bravo ! En plus d'être commerciaux, ces gens sont logiques ! Bravo, hein ! Ma personnalité serait bien mieux représentée si on me laissait l'exprimer par un cosplay Bob L'Eponge. Mais bon, forcément, cette uniformisation de la personnalité n'est là que pour permettre à chacun d'avoir ses chances. Vous imaginez, si tout le monde pouvait s'habiller comme il voulait, on aurait moi en Bob l'Eponge et le reste du monde en normal, je serais éminemment avantagée. Alors non, on uniformise tout le monde, comme ça le déséquilibre vient seulement du fait que certains peuvent se payer (ont des parents qui peuvent leur payer) des costumes Dior, quand les autres doivent se contenter d'HetM.
Image : Miss Tic. Parce que faire des pochoirs sur les murs d'une ville c'est marrant mais c'est tout.
Mais bon, c'est comme les gens qui aiment Andy Warhol parce que "c'est coloré, c'est Marylin Monroe, ça fait bien dans le salon, éclairé par les lampes designs du plafond design, au-dessus de la table en verre design, des assiettes design, du chien design, de la moquette design, des acariens design de la moquette design, avec le 4x4 design dans le garage, et le mauvais goût design, et des baffes-qui-se-perdent design, etc".
Je vomis la bonne conscience design de la classe sociale qui est la mienne. Si on leur présente ne serait-ce qu'un Bacon, là il n'y a plus personne pour vouloir "de ça dans mon salon !" Le salon, pièce sacrée des nouveaux bourgeois où l'on vénère l'imaginaire étriqué (et les lampes design à 800 balles).
Je tiens enfin à dire que pour moi, la "parisienne" n'est pas cette "femme design", branchée branchouille branchie bronchioles bronchite, petite robe noire sexy et lunettes de soleil, et surtout talons aiguilles sur les pavés de Paris c'est une bonne idée ça madame. Pour moi la "parisienne", c'est plutôt une femme, 80 ans, chaussures de marche aux pieds, qui sort de chez elle à Luxembourg pour faire une promenade dans le quartier, promenade qui passe notamment par l'Arc de Triomphe, bref, une femme qui considère Paris entier comme son quartier. Ma grand-mère est ouf, comme qui dirait.
Après cette séance d'onanisme écritorial, il est temps pour moi de retrouver Platon. Ce qu'il y a de bien dans les dialogues de Platon, c'est que souvent les personnages ne comprennent pas ce que dit Socrate. Le lecteur se sent moins seul, quoi.
